Portrait

    • Artiste, il peint. Artisan, dans le meilleur sens du terme, il ne cesse d’inventer, et ses créations sont surprenantes de qualité. Qu’il s’agisse de mécanique, de modèles d’architecture, voire d’aviation, je suis, comme beaucoup d’autres, qui le connaissent, personnellement, en admiration…. C’est par ces mots que Jean Prouvé dit l’estime qu’il porte à son ami Jean-Paul Barray.

 

    • De ses amitiés, il ne reste parfois que le travail qui les a vues naître, comme la belle maquette de la faculté des sciences de Jussieu, qui le lie à Edouard Albert. Des photos également, dont celle de Jean-Paul rue Amelot devant l’atelier A. Des témoignages, dont ceux de Denis Voisin, son interlocuteur auprès de l’entreprise ELF pour qui Jean-Paul en homme de la Renaissance était capable de résoudre des trois points de vue technique, poétique et artistique tout problème qui se posait à lui.

 

    • Le point de vue technique du designer mais également du peintre qui préparait ses toiles avec des procédés de la Renaissance.

 

    • Le point de vue poétique de l’homme qui, lorsqu’il quittait son atelier, laissait de la musique à ses toiles afin qu’elles ne s’ennuient pas. Poésie des images dont je garde le souvenir : les éponges bleu Klein qui envahissaient notre appartement, les souris de laboratoire que l’on y chassait, le sodium utilisé pour créer le vide afin d’assujettir plateau et pieds d’une table. À l’époque de César, les expansions de mousse de polyuréthane qui, dans les casseroles de la cuisine, m’apparaissaient aussi appétissantes que des soufflés, les plinthes dorées à la feuille, les amis dans la difficulté que l’on hébergeait, les artistes étrangers réfugiés qui dans l’atelier installaient un campement tel un décor de théâtre.

 

  • Le point de vue artistique s’exprime dans la peinture de Jean-Paul. Des critiques, je ne citerai que celle de Georges Boudaille pour qui l’œuvre exposée à la galerie Greuze en 1964 constitue la révélation de cette exposition Je veux parler d’un immense triptyque tout jaune où apparaissent, pour le regard attentif, des groupes de baigneuses ensoleillées. Evidemment le dessin doit beaucoup à d’illustres prédécesseurs comme Cézanne ou Matisse, mais Jean-Paul Barray a procédé à une transposition totale qui lui a permis de nous apporter une émotion originale.
    Et puisque Jean-Paul Barray disait: De la peinture on ne parle pas, on la fait ou bien on la regarde je vous invite à le faire.

 

Mathilde Barray